1. Les remèdes
Les moyens dont on disposait au 16ème et au 17ème siècle pour lutter contre la peste nous paraissent aujourd’hui bien dérisoires. Les anciens avaient certes quelques recettes mais le seul remède vraiment efficace semble avoir été l’excision des bubons lorsqu’ils apparaissaient, ce qui permettait au malade d’avoir une chance sérieuse de guérison.
On était mieux armé pour la lutte indirecte contre le fléau : le repérer, le circonscrire, l’empêcher de se répandre. L’efficacité de ces moyens indirects fut considérablement renforcée par la création d’un organisme centralisateur : le Magistrat de santé créé à Turin le 8 août 1576 par Emmanuel – Philibert, et son homologue, à Chambéry constitué le 17 avril 1577. Cet organisme regroupait les conseillers de l’État, les procureurs et avocats généraux du Sénat, le juge mage de Savoie, les deux premiers syndics et le capitaine de Chambéry. Ses règlements avaient force de loi dans le duché, les syndics constituant ses organes de transmission et d’exécution. Peu à peu un quadrillage efficace se mit en place. Le règlement du 31 octobre 1587 met en place dans les villes et mandements un capitaine de la santé chargé de veiller sur la santé dans les villes et mandements, il devra : « faire vuider les infects et leurs meubles, enfermer les suspects, les séparer et empescher le mélange moyennant l’aide et assistance des syndics, secourir les infects et suspects en leur faisant donner des remèdes et autres choses nécessaires, et donnera advis au magistrat de toutes occurances d’heure en heure ». Placés sous la direction d’un capitaine général de la santé établi à Chambéry, ces officiers étaient aidés à la campagne par des « surveillants de santé », généralement les châtelains locaux.
Par un réseau de correspondance avec Genève, Lyon Grenoble, le Magistrat de santé se renseigne sur les directions possibles de l’épidémie. Les billets de santé, véritables passeports sanitaires, empêchent la contamination par les voyageurs en provenance des lieux infectés. En temps de contagion défense de s’éloigner sans l’autorisation des syndics ou du capitaine de santé et sans billet à présenter aux autorités des lieux de passage et de séjour et à rapporter au retour pour assurer que l’on n’a pas traversé de régions suspectes. La garde des portes en ville est renforcée, les hôtes et cabaretiers sont particulièrement surveillés, il leur est défendu d’accueillir des voyageurs non munis de billets de santé.
La peste entraîne aussi avec elle l’arrêt de l’activité économique, la disette et la misère. Par suite des interdictions de circuler, le transport des marchandises, le commerce local et les foires sont interrompus.
Aussi aux moindres alertes, riches et notables désertent les villes et gagnent leurs résidences de campagne.
Il est incontestable que ces efforts finirent par porter leurs fruits avant même la seconde moitié du 17ème siècle où la Savoie se libère plus tôt que d’autres provinces de la peste qui pesait à la fois sur sa démographie mais aussi sur son économie.